Fonda­tion Cultu­relle

Plus de quatre-vingts legs et docu­ments artis­ti­ques au sujet de plus de 80 000 noms de l’histoire du cabaret et de ses précur­seurs histo­ri­ques consti­tu­ent la collec­tion essen­ti­elle des Archi­ves natio­na­les du cabaret alle­mand.

Fondée en 1961 par Rein­hard Hippen à Mayence, la collec­tion privée a été léguée en 1989 à la ville de Mayence, tout d’abord comme fonda­tion dépen­dante. Depuis les Archi­ves ont pu devenir sous la direc­tion de Jürgen Kessler une fonda­tion cultu­relle suppor­tée par plusieurs orga­nis­mes de droit public et recon­nue d’intérêt natio­nal depuis 1999, rece­vant des subven­ti­ons des respons­ables du gouver­ne­ment fédéral pour la culture et les médias. En 2004 eut lieu le démé­nage­ment à Mayence dans le Provi­ant-Magazin (un entre­pôt histo­ri­que de céréa­les).

La collec­tion de Bern­burg

Dans le deuxième site à Bern­burg sur la Saale, on collec­tionne et docu­mente l’histoire du cabaret de l’ex-RDA avec le soutien de la ville de Bern­burg et de la Répu­bli­que Fédé­rale, à proxi­mité de la tour de « Eulen­spie­gel » (Till l’Espiègle) dans le Chris­ti­ans­bau du château de Bern­burg depuis l’automne 2004.

Les étoiles de la satire

Les deux sites rappel­lent dans le cadre de leur présen­ta­tion muséale, les grands noms du cabaret du 20ème siècle et présen­tent les étoiles de la satire dans des expo­si­ti­ons perma­nen­tes. Mayence met en lumière les immor­tels de l’histoire du cabaret entre l’entrepôt histo­ri­que et le théâtre « Unter­haus » grâce à un « Walk of Fame », une allée des célé­bri­tés du cabaret, et Bern­burg grâce à une « Hall of Fame » dans le château de Bern­burg.

Archi­ves natio­na­les des Caba­rets alle­mands

Centre de docu­men­ta­tion de la satire en langue alle­mande

Depuis 1961

Mission | Le cabaret comme lieu d´expression de la satire ; ses conte­nus littér­ai­res, poli­ti­ques, philo­so­phi­ques et poéti­ques sont au centre de l’intérêt docu­men­taire. La collec­tion en continu et l’utilisation scien­ti­fi­que de ses multi­ples formes est la mission princi­pale des Archi­ves natio­na­les du Cabaret alle­mand.

On traite des deman­des quoti­di­en­ne­ment, les utili­sa­teurs vien­nent du monde entier. Les archi­ves servent avant tout de lieu de recher­ches et de docu­men­ta­tion pour des études, des disser­ta­ti­ons et des travaux d’examen dans les matiè­res littér­ai­res, dans les études d’art drama­tique, la science des médias, la musi­co­lo­gie, la lingu­is­tique, la socio­lo­gie, les scien­ces de la commu­ni­ca­tion, de la culture et de la poli­tique.

Les expo­si­ti­ons des Archi­ves sont régu­liè­re­ment en tournée en Allema­gne. Jusqu’ici on a pu les voir en Suisse, Autri­che, Israël, au Luxem­bourg, Japon, Pologne, Hongrie et Austra­lie. L’exposition en six parties de « 100 JAHRE KABA­RETT » (CENT ANS DE CABARET) a été inau­gu­rée à l’Académie des Arts de Berlin.

Sur demande du Prési­dent du Conseil fédéral (le Bundes­rat­prä­si­dent), et à l’occasion de la fête natio­nale, une expo­si­tion spéciale a été prépa­rée sur le sujet « Le cabaret poli­tique comme miroir de l´histoire alle­mande : séparer, railler et rire ensem­ble »

Le Kabarett­archiv

retrace l’ histoire du cabaret en Allema­gne depuis sa nais­sance le 18 janvier 1901 et nous raconte son passé, son évolu­tion, son actua­lité et son pouvoir d’action, même en période de répres­sion et d’intolérance. 2018 cela fait tout juste 80 ans que se déroula la « Nuit de Cristal », nom euphé­mi­que donné aux évène­ments de la nuit du 9 au 10 novembre 1938. Il y a 85 ans, le 10 mai 1933, on brûla des livres à Berlin. A Mayence ce fut peu de temps après, le 23 juin.
Dans ses mémoi­res « Histoire d’un alle­mand : Souve­nirs de 1914 – 1933 », Sebas­tian Haffner nous décrit ce que fut le cabaret poli­tico-littér­aire en dépit des circon­stan­ces pendant les années de terreur du régime natio­nal- socia­liste

Aux cours

des premiè­res années du nazisme la vie quoti­di­enne semb­lait ne pas avoir changé. … Bien sûr, cela ne parle pas non plus en notre faveur, qu’a­yant éprouvé une ango­isse mortelle sachant que nous cour­ions un extrême danger nous n’ayons rien trouvé de mieux à faire que d’igno­rer autant que possi­ble la situa­tion, et de ne pas nous laisser priver de notre plaisir. Je crois qu’il y a cent ans un jeune couple aurait trouvé mieux, ne serait-ce qu’une grande nuit d’amour pimen­tée par le danger et le désar­roi. Mais nous n’eûmes pas l’idée d’en faire quelque chose d’ex­cep­ti­on­nel et, comme personne ne nous en empêchait, nous allâmes au cabaret. D’abord parce que nous l’au­r­i­ons fait de tout façon, ensuit pour penser le moins possi­ble aux choses désagré­a­bles. Cela peut ressem­bler à du sang-froid et à de l’in­tré­pi­dité, mais c’est sans doute plutôt le signe d’une certaine atro­phie du senti­ment; cela montre que nous n’éti­ons pas, fût-ce dans la souf­france, à la hauteur de la situa­tion. C’est, si l’on veut bien me permettre dès main­ten­ant cette géné­ra­li­sa­tion, l’un des traits les plus inquié­tants de l’his­toire récente de l’Al­lema­gne: ses crimes n’ont pas de martyrs. Tout se passe dans une sorte de torpeur, et le mons­truo­si­tés objec­ti­ves recou­vrent une sensi­bi­lité ténue, atro­phiée. On commet de meur­tres dans la même dispo­si­tion d’esprit qu’une niche de gamin, on ressent l’avi­lis­se­ment de soi et l’ané­an­tis­se­ment moral comme un inci­dent fâcheux, et même le martyre physi­que n’in­spire guère d’autre réfle­xion que: “Pas de bol.”

Pour­tant,

notre insou­ci­ance trouva ce soir-là une injuste récom­pense, car le hasard nous condui­sit précis­é­ment à la Kata­kombe, e ce fut le deuxième événe­ment marquant de la soirée. Nous sommes entrés dans le seul lieu public d’Al­lema­gne où se prati­quait une sorte de résis­tance — avec courage, esprit, élégance. Le matin, j’avais vu le tribu­nal de Prusse, riche d’une tradi­tion sécu­laire, capi­tu­ler lamen­ta­ble­ment devant les nazis. Le soir, je vis une poignée de petits chan­son­niers berli­nois sans la moindre tradi­tion sauver l’hon­neur, glori­eu­se­ment et avec grâce. Le tribu­nal était tombé La Kata­kombe restait debout.

L’homme

que condu­i­sait à la victoire son batail­lon d’ac­teurs — car conser­ver dignité et fermeté face à une puis­sance supé­ri­eure mena­çante et meur­trière est forme de victoire — était Werner Finck, et ce petit chan­son­nier a incon­testa­ble­ment sa place dans l’his­toire du Troi­sième Reich, une des rares places d’hon­neur qui y sont dispen­sées. Il n’avait pas l’air d’un héros, et s’il a fini par en devenir un, ou presque il l’est devenu malgré lui. Pas un acteur révo­lu­ti­onn­aire, pas un railleur mordant, pas un David armé de sa fronde. Son carac­tère le pus profond était l’in­no­cence et la gentil­lesse. Son humour était exquis, dansant, léger, son arme préfé­rée l’am­bi­guïté et le jeu de mot, qu’il finit par maîtri­ser en véri­ta­ble virtuose. Il avait inventé quelque chose qu’on appel­ait la “pointe cachée”, et certes, plus le temps passait, plus il avait intérêt à cacher ses pointes. Mais il ne cachait pas ses opini­ons. Il restait un trésor d’in­no­cence et de gentil­lesse dans un pays où ces quali­tés étaient vouées à l’ex­ter­mi­na­tion. Et cette inno­cence et cette gentil­lesse cachai­ent la pointe d’un véri­ta­ble, d’un indomp­ta­ble courage. Il osait parler de la réalité nazie, en pleine Allemangne. Ses sket­ches évoquai­ent les camps de concen­tra­tion, les perqui­si­ti­ons, la peur univer­selle, le mensonge général; et ses rail­le­ries indi­ci­ble­ment discrè­tes, mélan­co­li­ques et navrées, étaient une grande conso­la­tion.

Ce 31 mars 1933

fut peut-être son triom­phe. La salle était pleine de gens qui regar­dai­ent le lende­main comme un abîme béant. Finck les fit rire comme je n’ai jamais entendu rire un public. C’était un rire pathé­tique, le rire d’un défi nouveau-né qui lais­sait derrière lui l’hé­bétude et le dése­spoir, et le péril contri­buait à nourrir ce rire — n’était-ce pas presque un miracle que les SA ne fussent pas entrés depuis long­temps pour arrêter tout le monde?
Sans doute aurions-nous, ce soir-là, conti­nué à rire dans le panier à salade. Nous plan­ions de façon incroya­ble audes­sus de la peur et du danger. Sebas­tian Haffner, Histoire d’un Alle­mand, Souve­nirs 1914–1933 (Babel) Traduit de l’Allemand par Brigitte Hébert (2002)

Passez nous voir…

Vous allez être surpris si vous me rendez visite dans le Provi­ant-Magazin (un entre­pôt histo­ri­que de céréa­les) à Mayence. Je suis tout sauf un stéréo­type d’archives pous­sié­reu­ses. Malgré ma jeunesse, on peut dire que je suis un clas­si­que. De plus, je me permets de me présen­ter dans avec une élégance muséale sur plus de mille mètres carrés. Pour vous bien-sûr ! Après tout je remplis une mission. Dans l’intérêt du public pour la culture. Je protège un genre à part entière, une forme artis­tique singu­lière. Mon créa­teur m’inscrit dans le registre offi­ciel comme « Centre de Docu­men­ta­tion de la Satire germa­no­phone ». Aussi­tôt après son arrivé à Mayence en 1961, il me nomma avec fierté « Archi­ves des Caba­rets Alle­mands ».

Depuis

mes colla­bo­ra­teurs et colla­bo­rat­ri­ces s’occupent des diffé­ren­tes formes de repré­sen­ta­ti­ons et de mani­fes­ta­ti­ons de la satire dans le monde entier. C’est pour­quoi nous rece­vons souvent des visites inter­na­tio­na­les. Récem­ment une étudi­ante de Moscou était là, colla­bo­ra­teurs et colla­bo­rat­ri­ces s’occupent des diffé­ren­tes formes de repré­sen­ta­ti­ons et de mani­fes­ta­ti­ons de la satire dans le monde entier. C’est pour­quoi nous rece­vons souvent des visites inter­na­tio­na­les. Récem­ment une étudi­ante de Moscou était là, afin de déni­cher des docu­ments des années vingt pour sa promo­tion et une profes­seure du Japon était intéres­sée par le cabaret en exil. Une fois une doctor­ante de l’Université de Yale séjourna pendant neuf mois dans les profon­deurs des Archi­ves, afin de retrou­ver le rôle du trou­ba­dour au Moyen Âge comme précur­seur du chan­son­nier poli­tique. Des deman­des écrites arriv­ent régu­liè­re­ment du monde entier, mani­fes­t­ant ainsi un grand intérêt pour mes trésors. C’est pour­quoi j’ai pu inau­gu­rer jusqu’ici plus de cent soixante expo­si­ti­ons depuis le début du 21ème siècle. Et dans sept pays d’Europe. Parmi eux, la France. Dans la Maison Hein­rich Heine à la Cité Inter­na­tio­nale Univer­si­taire de Paris : LE MONDE, UN CABARET ! Les débuts du cabaret littér­aire en Allema­gne et en rance. Puis à Mont­pel­lier, Toulouse, Lyon, Dijon. Dans l’espace germa­no­phone nous avons parcouru avec « 100 Jahre Kaba­rett, von Alzey bis Zürich » (100 ans de cabaret, de Alzey jusqu’{ Zurich). Cette expo­si­tion montre une grande partie de ce que je possède. Le genre ! Ses diffé­ren­tes formes et mani­fes­ta­ti­ons. Son histoire. Il s’agit l{ des artis­tes, hommes et femmes. Et plus parti­cu­liè­re­ment du cabaret poli­tique et littér­aire comme un art orienté vers la démo­cra­tie et la liberté.
2 Il s’agit de ses auteurs. L’histoire de leurs vies. Souvent c’était l´histoire de leurs souf­fran­ces. Et il s’agit de leurs signi­fi­ca­ti­ons à travers les époques pour les person­nes intéres­sées. Pour le public de la Belle Époque. De l’époque impé­riale. Entre chan­ge­ment et censure. Entre la 1ère et la 2ème Guerre Mondiale. Entre démo­cra­tie et dicta­ture, mili­ta­risme et fascisme. Il s’agit de l’art de la survie. Dans l´exil inté­ri­eur et exté­ri­eur. Entre les styles et entre les chaises. Il s’agit de notre culture. De ses chan­ge­ments. D’éducation. Et bien sûr il s’agit de rire. Aujourd’hui et autre­fois. Rire de nous-mêmes et des autres. Il s’agit d’une topo­gra­phie de la rail­le­rie et de son langage au fil du temps. Il s’agit tout autant d’humour et de poésie dans « l’humain-bien-trophumain ». De l’absurde et du concret. De la critique du présent sous forme artis­tique. Et surtout, il s’agit aussi de diver­tis­se­ment. Dès le début. Et d’amour aussi ! Collec­tion­ner est, par ailleurs, aussi une forme d’amour, disait le p iloso­phe améri­cain George Steiner.

Les mélan­ges des différents arts de la scène

qui consti­tu­ent le cabaret exis­tent formel­lement depuis la fin du dixneu­vième siècle seule­ment. Ces mélan­ges sont symbo­li­sés par la très belle expres­sion fran­çaise « cabaret ». D’un côté, cela désigne la buvette, une petite taverne, et porte en soi un carac­tère d´intimité. D’un autre côté, cela désigne des
sala­di­ers avec compar­ti­ments, le plateau des hors‑d’œuvre. Les compar­ti­ments tout autour repré­sen­tent les différents arts de la scène, musique, théâtre, réci­ta­ti­ons, danse, sket­ches, et aussi la pein­ture. Après quel­ques précur­seurs comme le « Cabaret des Assas­sins », où l’on chan­tait des goual­an­tes sur les assas­sins, c’était Rodol­phe Salis, peintre { l’origine, qui monta sur un tonneau un soir de 1881 dans son bistro le « Chat Noir » à Mont­martre et qui annonça à un public amusé, joyeux et nanti les présen­ta­ti­ons des différents artis­tes. Ce fût la nais­sance de ce que le monde connaît de nos jours du cabaret littér­aire et critique de son temps. Salis, { l’origine des ainsi nommés Caba­rets Artis­ti­ques, était le premier présen­ta­teur dans sa corpo­ra­tion. Il était en quelque sorte la sauce liante dans le compar­ti­ment central du sala­dier. Ses présen­ta­ti­ons avaient mauvaise répu­ta­tion ! Tantôt insul­tan­tes, agres­si­ves, tout comme les chan­sons qui étaient présen­tées. Mais c’est précis­é­ment ce qui atti­rait le public d’intellectuels pari­si­ens. Et bientôt ce fût l’élite littér­aire qui grimpa sur la « Butte sacrée ». Les poli­ti­ci­ens et les aristo­cra­tes les suivi­rent. Victor Hugo et Émile Zola, par exemple ; l’italien Giuseppe Gari­baldi, un combat­tant de la liberté y venait, et aussi le prince Jérôme Bona­parte, le petit­ne­veu du grand Napo­léon et neveu de Napo­léon III. De nombreux chan­teurs, compo­si­teurs et orateurs de grand talent se produi­si­rent égale­ment, la plupart devin­rent célè­bres, par exemple Aris­tide Bruant et Yvette Guil­bert, la première grande diseuse du cabaret fran­çais. Son pendant mascu­lin Aris­tide Bruant pour­sui­vit sa carri­ère dans son bistro « Mirli­ton » avec des chan­sons enga­gées contre la double-morale d’une bour­geoi­sie aisée. Une affiche
d’Henri de Toulouse-Lautrec l’a rendu célèbre dans le monde­en­tier. Deux affi­ches du Chat Noir de 1895 ont récem­ment trouvé leur place dans les armoi­res de mes archi­ves, avec les autres, presque vingt mille exem­p­lai­res de toutes les péri­odes du ving­tième siècle. Cela commença avec une partie de la popu­la­tion enthousi­as­mée par l’art et la culture. Le cabaret était alors, tout au moins pour la bohème, le moyen d’expression choisi. L’écrivain Otto Julius Bier­bauer le propa­ge­ait de la manière suiv­ante : « Renais­sance des arts et de la vie dans les cafés-concerts ! Nous allons danser vers une nouvelle culture ! Nous allons mettre au monde le surhomme sur les plan­ches : nous allons renver­ser ce monde stupide ! » Et c’était sérieux ! Malheu­re­u­se­ment ce furent par la suite
bien d’autres person­nes qui ont renversé le monde. Mais pour­tant quelque chose de nouveau se passait vers 1900 ! C’était une époque de chan­ge­ments, une ambi­ance de renou­veau : l’homme, un être jeté dans le monde. Le monde, un cabaret ! Comme pour l’art nouveau, cette nouvelle forme artis­tique créait un véri­ta­ble mouve­ment, il était « in », il était « en vogue », il devint une vague qui déborda vers la capi­tale du Reich. C’est l{-bas que le Baron Ernst von Wolzo­gen fit carri­ère avec son cabaret « Über­brettl », le 18 janvier 1901, le tren­tième anni­ver­saire de la créa­tion du Reich. Le « règle­ment inté­ri­eur» de l’entreprise était archivé.

A Munich

ce seront bientôt les « Elf Scharf­rich­ter », les onze bour­reaux, qui entre­ront en scène, le premier véri­ta­ble cabaret poli­tique en Allema­gne. Frank Wede­kind parti­cipa au onze, mais aussi Marc Henry, qui venait de Paris. C’est ainsi que mes ancê­tres les plus proches se nour­ris­sai­ent côté mater­nel de la France et côté pater­nel de l’Allemagne. Imbri­qués au niveau euro­péen, tout comme la vieille aristo­cra­tie. Et puis cela avança coup sur coup ! Dès 1901 émer­ge­ai­ent au bord de la Spree quarante étab­lis­se­ments avec un programme de cabaret littér­aire. A Vienne furent ouverts les caba­rets « Zum lieben Augus­tin » (Au cher Augus­tin), le « Nacht­licht » (veil­leuse) et la « Fleder­maus » (chauve-souris). Frida Strind­berg, qui eut un premier enfant avec August Strind­berg et un deuxième avec Frank Wede­kind, fonda le premier cabaret à Londres. Aupa­ra­vant il y eut déjà à Barce­lone « El quatre Gats ». A Craco­vie, Varso­vie, Buda­pest, St. Péters­bourg, et jusqu’{ Moscou furent créés des caba­rets, sur le modèle des caba­rets en France et dans le Reich alle­mand. Mais là où le sens du commerce et une main heure­use pour les specta­cles faisai­ent défaut, un étab­lis­se­ment à peine ouvert pouvait cepen­dant être aussi­tôt fermé. Mais l’élan scéni­que persista. Tout d’abord. Tout comme { Paris déj{, le « Knei­pen­brettl », la scène des « Vagants», sera carac­té­ris­tique pour cette nouvelle forme d’art. Grâce à lui se réali­sera le rêve des artis­tes de la bohème : la présen­ta­tion de leurs propres
4 œuvres, libre et en dehors de la vie artis­tique établie. On est fasciné par l’immédiateté, le carac­tère direct, de cette nouvelle forme d’art sur scène : au théâtre on jouait quelque chose au public, au cabaret on joue avec les sous-enten­dus ! Les cachets pour les parti­ci­pants étaient assez rares. La plupart étaient plutôt payés en nature. Ou bien on faisait une collecte. A propos des œuvres des « Vagants » : leurs modèles et racines remon­tent jusqu’au Moyen Age. Des poésies morales et sati­ri­ques, des chan­sons d’amour et { boire de ce qu’on appelle les « Erzpoe­ten » (archip­oè­tes). Dans le programme « Arche Nova » du caba­re­tiste Hanns Dieter Hüsch, l’on rend hommage au rôle du « Archi­p­oeta » avec l’une des chan­sons du douzième siècle. La collec­tion la plus importante, environ trois cents chan­sons, décou­verte en 1803 dans l’Abbaye de Bene­dikt­beu­ern, et appe­lées « les chan­sons de Beuern », ont eu une renom­mée mondiale avec leur nouvelle compo­si­tion musi­cale : Carmina Burana. Les œuvres des Vagants comme orato­rio extra­va­gant. Œuvre devenue intem­po­relle grâce { la musique gran­diose de Carl Orff.

Les artis­tes bohèmes par contre sont un phénomène tempo­rel, lié au temps.

C’est ainsi que les nouveaux caba­rets vivent de et pour l’instant présent. Seul le « Simpli­cis­si­mus » de Munich eu du succès sur le long terme. Dirigé par une présen­tatrice de qualité accep­ta­ble, mais qui était surtout une femme d’affaires géniale : Kathi Kobus. Elle parvint à une symbiose entre art et commerce. Le « Simpl » exista pendant soixante-cinq ans, de 1903 à 1968 – une durée que très peu de caba­rets ont réussi à atteindre jusqu’aujourd’hui. Et qui le fréquen­tait avant la Première Guerre Mondiale ? Dieu et le monde et le gratin de Munich ! Des touris­tes d’outre-mer, le Prince de Galles. Le tsar Ferdi­nand de Bulga­rie. Le roi de Belgi­que ! Des capi­tai­nes d’industrie, des aristo­cra­tes de l´argent. Wilhelm Voigt, le cordon­nier, qui fit carri­ère en tant que « Capi­taine de Köpe­nick », se montre au « Simpl » contre rému­n­é­ra­tion et vend ses auto­gra­phes. Et un certain Hans Bötti­cher, d’abord un habitué, puis auteur pour le « Simpl » de int célèbre sous le nom de Joachim Ringel­natz. Pour mon cinquan­ten­aire une char­mante vieille dame m’offrit le « Livre d’Or des Cata­com­bes ». Son mari Tibor Kasics, décédé depuis long­temps, et Werner Finck avaient ouvert ce cabaret en 1929 à Berlin. On trouve dans ce magni­fi­que cadeau un dicton amusant de Joachim Ringel­natz, mais aussi un dessin origi­nal de Walter Trier, qui illus­tra les livres d’Erich Kästner. Des signa­tures et des dictons de Hans Albers jusqu’{ Carl Zuck­mayer, de Klaus et Hein­rich Mann, Walter Hasen­cle­ver et George Grosz, Max Rein­hardt, Erich Mühsam, Gustav Gründ­gens, de Luigi Piran­dello et Erwin Picator jusqu’{ Alfred Döblin et Richard Huel­sen­beck.

Ce dernier inventa la formule du mouve­ment Dada du cabaret :

« Dada est le cabaret du monde, tout autant que le monde, un cabaret, est Dada. » Dans le « Cabaret Voltaire » { Zurich c’est Hugo Ball qui inventa cette forme littér­aire comme provo­ca­tion contre l’indifférence du monde bour­geois face aux horreurs de la Grande Guerre. Kurt Tuchol­sky et Walter Mehring étaient après 1918 les auteurs de cabaret les plus 5 excep­ti­on­nels : chro­ni­queurs d’une répu­bli­que aban­don­née, porte-parole d’une satire comba­tive, mais qui { côté de cela écri­vai­ent égale­ment des œuvres poéti­ques, ou bien des textes merveil­leu­se­ment drôles pour diver­tir leur public. Bert Brecht fut stimulé par le cabaret et il déve­lo­ppa sa théorie du théâtre épique. Avec les couplets d’un certain Otto Reuter, les chan­sons de Fried­rich Holla­en­der et Rudolf Nelson, chan­tées par des stars comme Claire Waldoff et Marlene Diet­rich, le cabaret se produi­sit à Berlin surtout dans les grandes revues et les théâ­tres de varié­tés. Karl Valen­tin incar­nait à Munich un comique déra­ciné, popu­laire et absurde, une figure aux allures tristes. En 1932, un an avant la prise de pouvoir d’Hitler, Werner Finck est en scène avec un sourire embarr­assé et regarde vers l’avenir. Il imagine ce qui va arriver, si les Nazis pren­nent le pouvoir et prédit: « Pendant les première semai­nes du troisi me Reich on orga­nis­era des défilés mili­taires. Si ces défilés devai­ent être empê­chés à cause de la pluie, la grêle ou la neige, on fusil­lera tous les juifs de la région. » Cette blague, comme on pouvait le voir bientôt, n’en fut pas une. Lorsque les Nazis sont au pouvoir, Finck essaie de vivre ces plais­an­te­ries drôles comme une forme de résis­tance. Des centai­nes de caba­re­tis­tes et d’auteurs sati­ri­ques ont passé le «Reich de 1000 ans» dans les camps de concen­tra­tion. Rappe­lons que des artis­tes ont été décorés pour l’exemple d´une étoile de la satire devant ma porte sur la place Romano-Guar­dini à Mayence : Erich Mühsam, Fritz Grün­baum et Kurt Gerron. Assas­si­nés dans les camps de concen­tra­tion d’Oranienbourg, de Dachau et d’Auschwitz.

Après le 8 Mai 1945 commence alors une véri­ta­ble renais­sance du cabaret. Dans le cabaret « Trizo­ne­sie » on célèbre avec entête­ment et mélan­co­lie : Hourra, nous sommes encore en vie. Dans le cabaret « Kom(m)ödchen » (petite comédie) de Düssel­dorf l’on définit de nouveaux critè­res pour les exigen­ces poli­ti­ques et littér­ai­res, Erich Kästner se remet à écrire à Munich et avec l’émission « Insu­la­nern » (Insu­lai­res), c’est Günter Neumann qui met le cabaret en ondes pendant la guerre froide à l´aide de la radio de Berlin-Ouest RIAS. Il insiste avec Wolf­gang Neuss sur les consé­quen­ces du refou­le­ment et des années du miracle écono­mi­que dans la consci­ence des alle­mands de l´ouest et fête la St Sylvestre avec la « Münch­ner Lach- und Schieβ­ge­sell­schaft » (société muni­choise du rire et de tir) et les « Stachel­schweine » (porcs-épics) de Berlin { la télé­vi­sion. C’est ainsi qu’ils devi­en­nent connus pour un large public bour­geois. A cette époque c´est la télé­vi­sion qui a parti­cipé à la gran­deur du cabaret poli­tique. En RDA e cabaret s’arrangea plus ou moins pendant plus de quatre décen­nies avec les limites d’u e censure réelle. Dans le doute et convaincu par une meilleure cause qu’est le socia­lisme. Un chapitre à part entière – qui a égale­ment trouvé un nouveau toit pour héber­ger sa collec­tion et docu­men­ta­tion sur l’histoire du cabaret de la RDA : dans le château de Bern­burg an der Saale. 6 Avec Franz-Josef Degen­hardt, le cabaret chante { l’Ouest dans les années soixante contre la progres­sion des Néona­zis, fait de la propa­gande avec l’APO (oppo­si­tion extra-parle­men­taire) pendant les années soixante-dix très trou­bles et déclare pour finir avec les textes du « Hagen­buch » de Hanns Dieter Hüsch tout et tous malades et cinglés.

Dans les années quatre-vingts

le cabaret se déchaine avec les « Drei Torna­dos » (trois torna­des) sur une nouvelle scène jeune et alter­na­tive, parodie avec Thomas Freitag le chan­ce­lier Kohl sans fin, inven­teur d’une satire de la réalité « In diesem unserem Land » (dans ce pays, qui est le nôtre), il dissè­que avec Gerhard Polt les racines du mental, entre­ti­ent avec Richard Rogler une liberté intel­lec­tu­elle et morale tournée vers le cynisme et décou­vre avec la nais­sance de la télé­vi­sion privée l’accroissement de sa valeur marchande. Il oscille dès lors entre cabaret et comédie, entre enga­ge­ment poli­tique et un sens aigu pour les affai­res, entre les caba­rets alle­mands de petite taille et les grandes arènes. « Plais­an­te­rie, satire, ironie et un sens profond », avec lesquels on voulait renver­ser l’ordre établi, ont progres­si­ve­ment cédé la place plus de cent ans plus tard aux lois de l´industrie du diver­tis­se­ment. Le pays a changé. Un chan­ge­ment de para­dig­mes en tous lieux. Mais ce fut toujours ainsi au fil du temp . Même les lois fonda­men­ta­les ne tien­nent pas leurs promes­ses. Tout a son point de départ, son dérou­le­ment, sa tran­si­tion. Et un jour aussi son histoire cultu­relle – que je peux docu­men­ter ici pour le cabaret. Alors : Bien­ve­nue ! Will­kom­men ! Welcome ! Passez nous voir. Prenez votre temps. Réser­vez chez nous. Rendez-nous visite. Peut-être que l’on se verra un jour ! Vos Archi­ves natio­na­les des Caba­rets Alle­mands.

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